Le souvenir de la douceur, du feu des premiers baisers. Une faille spatio-temporelle s’ouvre. En quelques clics, c’est un peu d’éternité qui s’offre à nous.

Quand enfin il (ou elle) réapparait, en général sur les réseaux sociaux, la tentation peut être grande de partir à la recherche du temps perdu … en langage beaucoup plus moderne – de revoir son « crush » du collège ou du lycée. Le sujet ne manque pas de faire l’objet de séances de thérapie entre rires et larmes selon les circonstances. Je vous propose ici une brève analyse du phénomène. Profitons-en aussi (là est l’intérêt scientifique de l’expérience) pour vérifier si la théorie d’Einstein est juste à savoir que le temps n’existe pas.

Une faille spatio-temporelle

Le temps a passé si vite ! Les premières rides, le quotidien et la vie en général ont depuis quelque temps des airs d’automne… vous savez, cette triste saison avant l’hiver… glacé, mort. Il y a en plus cette idée fâcheuse que le meilleur est derrière nous. Quand tout à coup un parfum d’antan flotte dans l’air, gai, léger et nous rappelle cette époque où la vie nous ouvrait grand les bras vers un futur plein de promesses. Et le souvenir de la douceur ou du feu de ces premiers baisers …  Nous étions beaux, jeunes, plein d’énergie … Les poches sous les yeux, les cranes dégarnis et les kilos super-superflus n’étaient pas encore d’actualité.

Ces réminiscences d’un temps qui n’est plus, nous les devons à ce prénom, là sur l’écran, un nom que nous n’avons pas prononcé depuis une, deux, trois, quatre décennies. Trop tentant de cliquer. Surprise, il/elle répond  ! «Alors ! Qu’est-ce que tu deviens ?». Après quelques échanges fébriles et un bref bilan de la situation de chacun, la plupart du temps, la conversation se conclue par «bon ben… si tu passes dans le coin, on boit un café ». A plusieurs centaines de kilomètres de distance, on ne risque pas grand-chose. Eh oui, l’amoureux ou l’amoureuse est à peine reconnaissable, son humour à deux balles pitoyable.

Pis dès fois … ça colle. La discussion reprend là où elle est restée des années auparavant. Une faille spatio-temporelle vient de s’ouvrir. Le cœur qui bat, une pointe d’excitation. En une fraction de seconde, le temps qui en général est assassin, sérial killer de la pire espèce, n’a plus de prise sur nous. Une voix, un éclat de rire, des « Mais non....Allez… arrêtes !  T’as pas changé !!! » et le charme agit. En quelques clics, nous venons de gagner un peu d’éternité.

Bon dieu de bois mes amis … ce pourrait-il qu’Einstein ait eu raison !!!!

La sécurité du connu

Avant d’espérer recevoir le prix Nobel de Physique pour cette preuve apportée, analysons quelques faits. Notre « amour du temps d’avant » a trois qualités qu’aucune autre relation ne possède en même temps : l’intimité, la sécurité et la magie. Originaires de la même ville, du même quartier, du même collège ou lycée, nous avons eu en commun des amis, une passion, une culture, une époque, une expérience et plus merveilleux encore désormais : des souvenirs. Ces derniers sont précieux, preuve d’une intimité déjà créée, acquise d’avance. En conséquence, peu importe les années, nous nous connaissons …. enfin, c’est ce que nous croyons. Ma grand-mère disait que c’est dans les vieux pots qu’on fait les meilleures soupes. Je vous l’accorde, l’image n’est pas glamour mais témoigne d’une grande sagesse : il est rassurant de savoir que le dîner sera bon. Quelle nouvelle rencontre est en mesure de nous procurer un tel sentiment d’appartenance, ce « connu » quasi familial et surtout l’illusion de la sécurité, celle d’être compris(e) et accepté(e) immédiatement ? Aucune.

Les nouvelles rencontres sont à construire, celle-ci est déjà commencée.